Pierre de Vallombreuse : témoin engagé du devenir des Palawan

Insatiable témoin du devenir des peuples autochtones depuis 40 ans, le photographe Pierre de Vallombreuse a immortalisé les bouleversements profonds touchant les Hommes des rochers sur l’île de Palawan, aux Philippines, et leur environnement. Une exposition au Cpa à Valence, en France, et aux Philippines, invite à plonger dans ce remarquable travail documentaire et esthétique.

 

Au Sud-Ouest des Philippines, sur l’île de Palawan, deux cents personnes environ vivent dans une vallée luxuriante et sauvage, nichée dans la montagne à cinq heures de marche de la côte. Ils ont pour nom les Tau’t Batu : les « Hommes des rochers ». Depuis 1988, le photographe Pierre de Vallombreuse s’y est rendu à 23 reprises et a vécu auprès d’eux l’équivalent de quatre années. Il a appris leur langue et les décrit comme des « agriculteurs, chasseurs-cueilleurs, doux moqueurs, égalitaires, anarchistes, pacifiques…».

Lors de son premier voyage, aucune infrastructure routière n’existait, c’était un lieu isolé hors du temps. Les Tau’t Batu vivaient au rythme des moussons pendant lesquelles ils se réfugiaient dans des grottes à flanc de falaises. Au rythme des cycles de leur agriculture, les Hommes des rochers en ressortaient pour cultiver dans la Vallée.

Une culture et un équilibre écologique menacés

À partir des années 1990, un virage s’opère. « Après six mois dans La Vallée, en rejoignant la côte, j’ai vu les bulldozers éventrer la forêt. Désormais la route balafrait le sud de l’île. Avec elle, un afflux irréversible de migrants, des milliers et des milliers, venus de tout l’archipel, s’accaparant à vil prix de vastes parties des basses terres Palawan, développant rizières et plantations. La dégradation de l’environnement commença. »

La culture et l’équilibre écologique de l’environnement des Tau’t Batu ont alors été soumis à des bouleversements sociaux et économiques d’envergure : interconnexion avec de nouvelles croyances, intrusion de l’administration et des systèmes de scolarisation, projets agricoles de grande ampleur (plantations de cacao et palmiers à huile), mise en danger de leur autonomie et de leur écosystème unique…

Pendant quinze ans, Pierre de Vallombreuse n’y retourne pas, puis à nouveau régulièrement depuis 2011, jusqu’à son dernier voyage en 2023 et cette urgence de témoigner. « Autrefois riches et libres de leur autonomie culturelle et alimentaire, les Tau’t Batu sont en danger comme tant d’autres communautés autochtones dans le monde. Les gens de La Vallée sont de nouveau à un moment critique de leur histoire. »

Au fil des années, Pierre de Vallombreuse a constitué un fond photographique unique qui témoigne de la confrontation entre mode de vie ancestral et économie mondialisée. « Je ne suis pas ethnologue, je n’étudie pas les gens avec qui je suis : je raconte des histoires, je témoigne de la vie quotidienne. Mon travail n’a de sens que dans le fait qu’il est restitué et sert de témoignages. »

Une exposition en France et aux Philippines

À travers le projet La Vallée, co-construit avec Pierre de Vallombreuse et le Cpa (Centre du patrimoine arménien à Valence), la Fondation Iris souhaite participer à la diffusion de ce précieux témoignage et à la conservation de la mémoire de la communauté des Tau’t Batu, tant dans ses aspects humains qu’environnementaux. Le lien qu’entretient cette communauté avec la nature est emblématique du rôle joué ailleurs sur la planète par les populations locales dans la préservation de la biodiversité.

Aux côtés de Pierre de Vallombreuse, les habitants de la Vallée ont appris à documenter eux-mêmes par la photo leur quotidien, et deviennent les ethnographes et les reporters de leur propre vie. Leurs photos, ainsi que celles de Pierre de Vallombreuse, seront exposées à la fois en France*, au Cpa, et aux Philippines. Ce témoignage original de la possibilité de vivre en harmonie avec la nature permettra in fine de mettre en valeur un site menacé par les appétits agro-industriels auprès des publics et des décideurs.

* Du 27 février au 20 septembre 2026 à Valence – Le Cpa, Ethnopôle Mémoires, frontières, Migrations.