La face cachée du massif de Namoroka, à la saison des pluies

Lauréats 2024 de la bourse « Exploration et biodiversité » de la Fondation Iris, en partenariat avec la Société des Explorateurs Français, les membres de l’expédition Namoroka, Terre de biodiversité (association Tia Tany), menée par Isabelle Coulon et Jean-Michel Corillion, ont passé six semaines, de mi-mars à fin avril 2025, pour rejoindre et explorer ce massif karstique isolé au nord-ouest de Madagascar.

Une expédition hors norme

Une année de préparation a été nécessaire à cette équipe aguerrie composée de naturalistes, agents et pisteurs forestiers, photographes et cinéastes pour élaborer cette mission hors norme, dont l’objectif était de réaliser un inventaire faunistique et floristique des tsingy de Namoroka en saison des pluies. Recensé comme l’un des 34 hotspots de biodiversité au monde, le massif présente un taux d’endémisme record supérieur à 80%. De novembre à mai, il se gorge d’eau et se métamorphose. À l’abri des regards, une biodiversité foisonnante explose et atteint son apogée.

Pour pénétrer au cœur de ce terrain accidenté et peu exploré, l’équipe a privilégié un moyen de transport local : la charrette à zébus. Les vingt-neuf membres de l’expédition franco-malgache ont ainsi parcouru plus de deux cents kilomètres à bord de seize charrettes tirées par trente-deux zébus, réalisant en six étapes et pour la première fois le tour intégral du massif de Namoroka (superficie : 223 km2). 80 km de prospection ont été réalisés à pied depuis les quatre camps de base.

Plusieurs dizaines d’espèces inventoriées

Des zones humides en passant par les forêts primaires, les cavernes et zones karstiques, l’équipe a localisé et répertorié plus de 240 insectes, reptiles, oiseaux et mammifères représentant 70 espèces, parmi lesquelles une nouvelle espèce en cours de description par une équipe de chercheurs germano-malgaches (Madascincus sp.nov). Des dizaines d’espèces végétales ont également été documentées par l’image. Certains spécimens sont en cours d’identification par les équipes du Muséum national d’Histoire naturelle.

Les données récoltées — cartographies des sites, relevés et images de la faune et de la flore rencontrées — ont été partagées avec les villageois et seront mises à disposition des gestionnaires du Parc national des tsingy, des chercheurs malgaches et internationaux. Cette exploration inédite ouvre la voie à de futures investigations scientifiques et met en évidence l’impérieuse nécessité de renforcer la protection de ce site à la fois riche et fragile.

Photos : Isabelle Coulon, Jean-Michel Corillion, Marc Gansuana / Tia Tany