L’analyse des sons émis par les espèces animales (biophonie) est de plus en plus utilisée pour suivre les modifications des écosystèmes dans le temps et comparer les milieux entre eux, dans des perspectives écologiques, évolutives ou conservatoires. Complété par des inventaires taxonomiques permettant de détecter des espèces « muettes », indétectables par les enregistrements sonores, l’éco-acoustique s’est révélé un puissant outil non-invasif pour la gestion de la biodiversité.
S’inscrivant dans la continuité d’un projet d’étude de la biodiversité des invertébrés terrestres à Cuba, des chercheurs du MNHN, de l’IRD et du CNRS, associés aux chercheurs de l’Université de La Havane, ont développé des approches en éco-acoustique dans le Parque Nacional Alejandro de Humboldt, classé patrimoine mondial de l’UNESCO.
Deux expéditions ont eu lieu en mars 2023 et novembre 2024, à deux saisons différentes, pour étudier les émissions sonores des groupes ciblés : amphibiens, insectes orthoptères et oiseaux. Cinq sites ont été choisis, correspondant à différents types de végétation des écosystèmes forestiers. Des enregistreurs ont été déployés en fréquences audibles et en ultra-sons, à 1,5 mètre du sol et en canopée.
Constituer une sonothèque de référence
Plus de 7000 fichiers d’enregistrement (environ 5000 heures) ont été collectés et sont en cours d’analyse ; des différences significatives ressortent déjà entre les deux saisons. Des listes d’espèces ont été établies pour les oiseaux et amphibiens, et les collectes des orthoptères ont déjà permis la découverte d’espèces nouvelles pour la science. Des enregistrements ponctuels d’orthoptères ont été également effectués, permettant d’associer les espèces à leur chant.
Ces données constituent des enregistrements de référence pour les gestionnaires du Parque Nacional Alejandro de Humboldt, étroitement associés au projet, pour la gestion des espaces naturels et/ou le suivi d’espèces emblématiques, comme le Solenodon.
Outre les aspects acoustiques, les échantillonnages de spécimens permettent de caractériser la biodiversité cubaine d’insectes orthoptères (peu connue), de la décrire et de l’incorporer à des études phylogénétiques à plus large échelle.
Photos : Sylvain Hugel, Mariam Curbelo Cruz, Elise-Anne Leguin







