Papouasie-Nouvelle-Guinée : au cœur de la jungle, l’expédition Mayang explore un monde souterrain inconnu

Dans les montagnes isolées des Nakanaï, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, une équipe de spéléologues français a mené début 2026 une mission scientifique hors norme pour tenter de percer les mystères de la résurgence de Mayang, l’une des plus puissantes rivières souterraines connues. Lauréate de la bourse SEF-IRIS 2025, l’expédition mêle exploration, recherche scientifique et inventaire de biodiversité dans l’un des massifs karstiques les moins connus au monde.

 

Portée par l’association Centre Terre, l’expédition « Objectif Mayang » a été désignée lauréate de la bourse SEF-IRIS 2025, créée par la Fondation Iris et la Société des Explorateurs Français. Dotée de 100 000 euros, cette bourse récompense chaque année des projets d’exploration engagés pour la biodiversité et la diffusion des connaissances scientifiques.

L’objectif principal de l’équipe : comprendre le fonctionnement hydrologique du système de Mayang, une résurgence géante nichée dans les montagnes des Nakanaï. « Le massif des Nakanaï, c’est un peu l’Eldorado de la spéléologie mondiale », résume Bernard Tourte, chef d’expédition. Depuis les premières explorations dans les années 1975, le site fascine par son potentiel et son opacité. « Cette rivière souterraine de Mayang, que personne n’a réellement pu pénétrer, reste un mystère à part entière. »

Pendant près de deux mois, une quarantaine de spéléologues, scientifiques et vidéastes ont évolué dans une jungle dense et escarpée, à plusieurs kilomètres de toute infrastructure. Mais avant même les premières descentes sous terre, l’accès au massif s’est révélé être un défi en soi. Il a fallu tout d’abord négocier avec les populations locales et composer avec des enjeux politiques des villages alentours, pour obtenir les autorisations d’accès indispensable à l’expédition.

L’acheminement de plusieurs tonnes de matériel jusqu’aux camps de base ont par ailleurs demandé une logistique lourde mêlant transport fluvial, héliportage et longues marches dans un environnement humide et instable. L’absence de zones de pose, la végétation impénétrable et la nécessité d’ouvrir des chemins à la machette ont considérablement ralenti la progression.

 

Sous la jungle, un réseau encore largement inconnu

 

Une fois les camps établis, les équipes ont lancé les phases de prospection et d’exploration souterraine. Chaque progression nécessitait d’ouvrir des passages dans la forêt avant même d’atteindre les cavités. Sur le terrain, « la plus grosse difficulté, ça a été la progression en surface, et non l’exploration souterraine », résume Bernard Tourte.

Sous terre, les conditions se sont révélées pourtant particulièrement instables, les pluies tropicales pouvant provoquer des montées d’eau brutales. Dans l’un des gouffres, une crue a fait grimper le niveau de l’eau de près de trois mètres en quelques heures. « Il ne faut pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment », résume le chef d’expédition.

Les découvertes se sont pourtant multipliées : plusieurs réseaux ont été identifiés, dont une cavité majeure plongeant au-delà de 300 mètres de profondeur sans atteindre de terminaison sur l’encours de cette première expédition sur cette zone. Les spéléologues y ont découvert des troncs d’arbres coincés à plusieurs centaines de mètres sous terre, preuve de la puissance hydraulique du système. Ces vestiges pourraient désormais faire l’objet d’études paléoenvironnementales afin de contribuer à retracer l’histoire climatique du massif.

Mais l’un des moments forts de l’expédition reste la découverte d’une immense doline de plus de 350 mètres de diamètre, baptisée complexe de Valngo-Ralapussa, lors d’un survol de reconnaissance.« Quand on l’a vue depuis l’hélicoptère, on a compris qu’on était sur un objectif majeur », raconte Bernard Tourte. « Sur les images satellites, on pensait voir un simple porche d’entrée. En réalité, c’était une énorme dépression. On ne sait pas si elle alimente ou non le système de Mayang. Les traçages permettront peut-être de le dire.»

 

Traçages, biodiversité et analyses scientifiques

 

Au-delà de la cartographie des cavités, l’expédition reposait sur une opération de traçages hydrologiques, afin de tenter de comprendre le cheminement des eaux souterraines.« On a injecté des colorants non polluants dans plusieurs cavités pour voir si l’eau rejoignait directement Mayang ou d’autres émergences du massif », explique Bernard Tourte. Les prélèvements sont désormais analysés par un laboratoire spécialisé à Orléans.

Les scientifiques ont également mené un travail d’inventaire de la biodiversité, en collaboration avec le Binatang Research Center et le Muséum national d’Histoire naturelle. Insectes, chauves-souris, amphibiens et espèces cavernicoles ont été collectés pour analyse.« Tout le monde a été surpris par la diversité observée sur place », souligne Bernard Tourte. Parmi les découvertes marquantes figure notamment l’observation d’un Coscinocera hercules, l’un des plus grands papillons du monde, ainsi qu’une colonie de chauves-souris installée dans une galerie inaccessible.

Les résultats scientifiques complets ne seront connus que dans plusieurs mois, le temps d’identifier les espèces et d’analyser les prélèvements.

 

Une aventure appelée à se poursuivre

 

Au terme des 64 jours passés dans les Nakanaï, le mystère Mayang demeure entier. Aucun lien formel n’a encore pu être établi entre les réseaux explorés et la résurgence principale. Mais les données collectées permettent déjà de mieux cerner le fonctionnement du massif.« On savait dès le départ qu’on n’aurait pas toutes les réponses en une seule expédition. Mais découvrir cinq kilomètres de réseau et un gouffre qui continue à moins 300 mètres, ce sont déjà de très bons résultats », estime Bernard Tourte.

L’équipe prépare désormais la suite. Une nouvelle mission est déjà envisagée pour 2028 afin d’explorer des zones encore plus reculées du massif. Elle nécessitera une logistique plus lourde, avec l’ouverture de plusieurs kilomètres de progression dans la jungle avant même d’atteindre les futurs camps.

En attendant, un documentaire est en préparation à partir des images tournées pendant la première expédition. Le film retracera les coulisses de la mission, mêlant aventure humaine, défis logistiques et enjeux scientifiques. Sa sortie est envisagée dans les prochains mois.

 

Crédits photos : Couverture : Centre Terre – Didier LAMOTTE. Carrousel, dans l’ordre de défilement : Centre Terre – Julien FERRANDEZ, Jessica MORIN BUOTE, Luc-Henri FAGE, Franck BRÉHIER, Luc-Henri FAGE, Elven REMERAND, Franck BRÉHIER, Natalia MORATA, Elven REMERAND, Julien FERRANDEZ, Denis MORALES, Elven REMERAND, Bernard TOURTE, Elven REMERAND, Denis MORALES, Elven REMERAND, Serge CAILLAULT, Franck BRÉHIER, Luc-Henri FAGE, Elven REMERAND, Denis MORALES, Elven REMERAND, Elven REMERAND, Luc-Henri FAGE, Serge CAILLAULT. www.centre-terre.fr