Mission Sombori : protéger un joyau en sursis

S’étalant sur plusieurs centaines de kilomètres carrés sur la côte sud-est de l’île de Sulawesi (Indonésie), le chapelet d’îlots et la péninsule karstique de Sombori constituent un véritable trésor naturel. Majoritairement recouverte de forêts, de mangroves et de récifs coralliens, cette région fait partie des points chauds de biodiversité sur terre, avec des taux d’endémisme exceptionnels.

Mais, à une poignée de kilomètres seulement, la côte qui lui fait face est l’épicentre de l’extraction minière du nickel à Sulawesi. Aucune mesure d’atténuation des impacts environnementaux n’étant prise, les conséquences sont désastreuses : déforestation, érosion et stérilisation des sols, asphyxie des récifs coralliens sous les sédiments, pollution de l’eau, accumulation de métaux lourds dans les poissons et leurs consommateurs, bouleversement du mode de vie des populations locales…

Une expédition impliquant une quarantaine de chercheurs

Pendant un mois au printemps 2025, l’association Naturevolution, soutenue par la Fondation Iris, a mené une expédition impliquant une quarantaine de chercheurs et étudiants indonésiens (Université Halu Oleo de Kendari) afin de collecter le maximum de données scientifiques.

En mer, les équipes ont effectué des carottages sédimentaires, des prélèvements d’eau et d’organismes marins ainsi que des inventaires de biodiversité sur près de 70 sites répartis sur une surface de 1500 km², à différentes distances des mines de nickel. Ils ont également réalisé des prélèvements d’urine, de cheveux, de poissons et d’eau potable afin d’évaluer l’exposition des populations.

Soutenir la création d’une aire protégée

Sur terre, plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux, de champignons, d’insectes, de reptiles, de plantes ou encore de mammifères ont été répertoriées. Selon un décompte provisoire, plus d’une centaine de ces espèces seraient endémiques de l’île de Sulawesi, certaines classées en danger d’extinction sur la liste rouge de l’UICN. Plusieurs nouvelles espèces encore inconnues pour la science ont également été découvertes.

Les équipes de Naturevolution ont également exploré près d’une centaine de grottes sous-marines et terrestres, découvrant dans 19 d’entre elles des vestiges archéologiques.

Cette mission doit permette de fournir des arguments et donc des armes aux communautés, aux médias et aux autorités locales pour qu’ils poussent les compagnies minières à respecter la réglementation et à évoluer vers des pratiques extractives plus respectueuses de l’environnement et des populations humaines.

Lire le journal de bord de l’expédition

Photos : Yann Chavance